Chacun d’entre nous, quel que soit son niveau de connaissance, possède un capital scientifique qui lui permet de comprendre, d’évaluer, d’adapter et de retranscrire. Chacun d’entre nous possède un capital de neurotrophine qui maintient son niveau de capacité d’apprentissage, sa mémoire ainsi que ses fonctions cognitives. Quand votre patient parkinsonnien franchit le seuil de votre cabinet avec la rigidité et l’hésitation qui le caractérisent, c’est parce que son capital de corticalisation diminue quotidiennement.
Cependant grâce à une nouvelle orientation de sa rééducation, la prise en charge de son handicap sera différente en participant à un atelier d’activité physique adaptée en neurorééducation au sein de votre cabinet.

Malgré les avancées de la dopathérapie depuis 30 ans, ce patient reste sensible aux variations quasi horaire des dosages sanguins de dopamine. Il demeure fatigable, essoufflé, manque d’endurance et de force physique. De surcroît, il est de plus en plus angoissé lors des sorties en public. L’adaptation aux traitements par agonistes dopamynergiques reste délicate et les complications secondaires qui en découlent sont une double punition; en effet elles entraînent à long terme, une perte d’équilibre supplémentaire et une augmentation du temps de réaction. La rééducation classique que vous avez conduite jusqu’à présent, lui a permis de garder sa mobilité articulaire et de maintenir au mieux un niveau d’équilibre suffisant pour une marche parfois hasardeuse mais pas de suppléer à la dégradation de ses capacités physiques et psychosociales, aux dyskinésies, aux hypométries fréquentes et aléatoires, associées à la perte de spontanéité et des réflexes, au déconditionnement progressif cardiovasculaire. Les récentes études animalières montrent que les activités physiques quotidiennes en aérobie à haute intensité durant deux mois par période annuelle permettent de façon significative une amélioration de l’activité des neurones nigrostriataux, permettant de limiter la dégénérescence de neurones dopaminergiques et améliorer l’excitabilité corticale. En tant que scientifique de la santé et spécialiste du mouvement, vous allez ainsi réorienter votre traitement vers des activités physiques adaptées (APA ) permettant à votre patient de mieux tolérer son traitement dopaminergique, de diminuer sa dépendance par sa propre production de dopamine. Vous intervenez donc au niveau physique et métabolique.

Nous trouvons dans les APA, 3 types d’activités qui seront programmées quotidiennement. Les activités de type aérobie à moyenne et haute intensité, le réentrainement intensif des groupes musculaires des membres inférieurs et des chaînes extenseurs ainsi que les étirements des chaînes fléchisseurs souvent spasmodiques qui sont un préalable indispensable. Ces APA conviendront aux stades intermédiaires de la maladie donc à la majorité des patients. Votre bilan initial permettra d’évaluer les capacités physiques et l’adaptation du traitement. Un feu vert médical aux activités cardiovasculaires sera requis. Les séances quotidiennes pendant deux mois auront de préférence une forme d’atelier regroupant 3 à 4 patients permettant par un travail de groupe d’améliorer les rapports psychosociaux. La mesure des données cardiovasculaires et des scores lors de l’entraînement vous permettront de connaître l’évolution de votre rééducation et de partager vos données avec les partenaires médicaux pour le suivi neurologique. Les bracelets connectés permettront aux patients de connaître leur niveau d’entraînement et leur courbe de progression. Désormais, vos techniques de rééducation seront conformes aux données de la science tout en diminuant l’écart attendu par rapport à vos pratiques. L’exploitation de vos compétences par une réorientation de votre traitement vous permettra d’aborder facilement le domaine des neurosciences.

Extrait de la conférence France Parkinson: Changeons notre rééducation. Nice Novembre 2014 .

En savoir plus

Les objectifs des APA:

  • Les activités de type aérobie à haute intensité contribuent à améliorer les capacités cardiovasculaires, diminuer la perte des possibilités corticales ainsi que palier à la lenteur et la rigidité dans le mouvement qui sont les deux des principaux symptômes de la maladie de Parkinson. La marche, la course à pied sur tapis de marche , le vélo sur ergocycle, ou selon le niveau d’atteinte: le cyclisme ou la natation sont des exemples de pratique d’
  • Les activités de renforcement musculaire intense des membres inférieurs améliorent l’équilibre et constituent une bonne prévention des risques de chute , la vitesse de marche et la posture.
  • Les activités d’étirements permettent quant à elles, une amélioration de la mobilité, de l’amplitude des mouvements et facilitent le travail des agonistes .

A qui s’adresse t’on :

  • Aux stades les plus avancées de la maladie dont la dépendance est acquise, sans déambulation possible , ce type de traitement ne peut être conduit . Seules les activités d’étirement sont conservées
  • Aux stades les moins avancées , de début d’atteinte , le patient doit rester actif .

Comment : Soit en réalisant une activité de son choix : la marche, la randonnée , les activités gymniques tel le yoga , le tai-chi , le pilates, le stretching , ou bien la natation , le vélo …. Ou encore mieux , tout ce qui a un rapport avec un rythme imposé tel que la danse . Ainsi qu’un travail des fonctions cognitives , mémoire , rapidité de réflexion .

Une condition : la répétition quotidienne de ces activités .

  • Aux stades intermédiaires , ce qui représentent une grande majorité de nos patients , nous ferons désormais intervenir un réentrainement physique adapté .

Qu’est ce que l’aérobie :

L’ Aérobie est un terme qui s’applique à un organisme vivant qui a besoin d’oxygène pour vivre ou fonctionner.

Si on applique cette définition à l’entraînement physique , cela signifie que nous allons faire faire une activité physique soutenue dans le temps , mettant en jeu le système cardiorespiratoire à une intensité modérée et progressivement à haute intensité .Durant ce genre d’activité,le patient doit être capable de continuer à parler par exemple, mais plus de chanter. C’est donc un effort soutenu à durée déterminée , évalué en continue par bracelet connecté type withing pulse O2 ou cardiofréquence mètre. Classé dans la catégorie de l’endurance, il va mobiliser entre 65% et 80% des possibilités cardiovasculaires . Les réserves d’énergie utilisées pour la circonstance, sont essentiellement graisseuses.

Quels intérêts :

Rappelez vous: le parkinsonnien perd sa spontanéité des mouvements par la diminution des capacités corticales ,perd son conditionnement c’est à dire l’adaptation cardiovasculaire à soutenir un effort , de plus la dopathérapie entraîne une perte des possibilités réflexes et de l’équilibre.

Les dernières études montrent que l’exercice en aérobie permet un reconditionnement cardiorespiratoire ,pourrait augmenter les récepteurs dopaminergiques donc diminuer la fréquence des prises et permettrait la production de BNDF ( Brian dérived neurotrophine factor) .Si l’on oriente cette gymnastique vers certains muscles extenseurs , nous contribuons alors en plus au redressement de la posture .

L’ exercice en groupe permet aux patients de diminuer son angoisse face au monde extérieur et améliorer les rapports psychosociaux .

Le caractère d’innocuité totale de ces techniques nous permet de l’adapter à chacun .

Pour quelle contrainte :

Un entraînement quotidien du moins pendant une période donnée de deux mois minimum par année avec pour chaque séance : Un entraînement soutenu qui comporte une phase purement cardiorespiratoire comme du vélo , ergocycle ou tapis de marche pendant 20mn à 65% de capacité cardiorespiratoire ,évoluant vers les 80% . Cet effort sera à moduler en fonction du bilan fonctionnel , l’autre partie sera consacrée aux exercices spécifiques des grands muscles extenseurs : ils se pratiquent avec des mouvements d’amplitudes complètent à résistance faible pendant des phases de 2 mn chronométrées sans arrêt suivant une fiche de traitement personnalisé. Puis une séance d’étirement des groupes fléchisseurs spasmodiques avec le thérapeute .